Une bouche s’ouvre dans un visage de métal ajouré et nervuré. Dans Homme détruit (1975), Constantin Andreou place une enveloppe extérieure relativement lisse autour d’un assemblage dense de bandes, de trous et d’arêtes irrégulières. Une barre traverse le centre en diagonale. Les traits restent reconnaissables, mais des ouvertures interrompent la surface qui devrait les réunir.

Le titre donne à ces ouvertures une portée humaine. Sapfo A. Mortaki voit dans les têtes déformées d’Andreou des expressions de la souffrance et de la résistance à l’oppression. Elle souligne le contraste entre les surfaces lisses du métal et les fragments visibles à l’intérieur.1
Un visage fragmenté
Dans une seconde sculpture intitulée Homme détruit, également datée de 1975, une profonde échancrure interrompt le contour supérieur. De fines bandes de métal parcourent les surfaces restantes dans des directions variées. Un œil et une bouche ouverte se dessinent parmi les fentes, tandis qu’un large vide sombre occupe une grande partie du centre. Le contour permet de reconnaître une tête avant même que les traits épars ne deviennent lisibles.

Des figures derrière les barreaux
L’enfermement apparaît aussi dans la peinture d’Andreou. Dans son analyse des tableaux consacrés à la souffrance humaine, Mortaki décrit des figures agrippées à des barreaux, des visages émaciés et des traits sombres et denses traversés par la lumière. Elle associe ces images à une protestation contre l’injustice et aux souvenirs de l’occupation de la Grèce et des violences de guerre.2
Le volume d’illustrations de la thèse comprend également Η Φυλακή / La Prison (1974), troisième illustration de la p. 165, n° 159. Un réseau serré de lignes rouges parcourt le fond clair et enferme les visages dans une grille irrégulière. Les traits qui dessinent les figures les traversent aussi, si bien qu’il devient difficile de distinguer un corps de ce qui l’enferme.
Andreou a abordé ces sujets dans une réponse à Sophia Kazazi en 1986, reproduite par Mortaki. Il explique qu’il exprime sur la toile ou dans le métal ce qui fait souffrir. Il relie l’intensité de ses lignes et de ses couleurs sombres aux injustices de son temps.2
Pour d’autres approches du visage sculpté et de son espace intérieur, voir Les yeux et les mondes intérieurs.
Sources
1. Sapfo A. Mortaki, Η καλλιτεχνική μετανάστευση στην Ελλάδα: από τον 19ο στον 20ό αιώνα (1870–1970): η περίπτωση του Κωνσταντίνου Ανδρέου, thèse de doctorat, université Aristote de Thessalonique, 2010, volume principal, p. 327, notamment les notes 346–347 et 351–352.
2. Mortaki, même thèse, volume principal, p. 340–341. À la p. 341, la note 467 renvoie au catalogue de Kazazi pour la rétrospective de 1992, p. 10 ; la note 468 cite Kazazi, 1986, pour la réponse de l’artiste. Le titre et la date du tableau sont repris de la légende du volume d’illustrations, p. 165, n° 159.
Les titres et les dates des deux sculptures sont repris des légendes examinées dans ANDREOU / ΓΛΥΠΤΙΚΗ / SCULPTURE: BAS-RELIEFS EN COULEURS (Athènes : Bastas Editions, 1999), p. 58–59. L’indication du laiton soudé repose sur la note technique en grec et en français du volume. Notice bibliographique du volume. Les mentions de collection actuelle reprennent celles des notices des Archives auxquelles renvoient les liens. Les descriptions des illustrations reposent sur les observations des Archives à partir des reproductions.
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