Aller au contenu

La famille dans la peinture d’Andreou

Dans les tableaux de Constantin Andreou intitulés Famille, les têtes sont souvent très rapprochées. Sous les visages, les corps se chevauchent ou se fragmentent en formes anguleuses, et leurs contours sont parfois difficiles à suivre. Les cinq œuvres présentées ici vont de compositions claires au dessin relativement aéré à des ensembles denses de bleu, de rouge et de noir.

Dans son introduction à Femme · Femmes: Peintures (1997), Sophia Kazazi place la famille parmi les thèmes majeurs d’Andreou, aux côtés de l’espoir et du couple. Elle décrit un peintre préoccupé par la vie humaine et ses angoisses, par la joie, la peine et la perspective de la mort.

Dans l’essai « Univers féminin – Famille » du même volume, elle décrit des figures qui se fondent dans l’espace environnant. Son analyse part des têtes réunies et suit la couleur et la ligne jusque dans le fond :

Ainsi, l’image se métamorphose par un mouvement circulaire et répétitif.

Sophia Kazazi, « Univers féminin – Famille », dans Femme · Femmes: Peintures (1997).

La cohésion du groupe

Trois visages clairs se regroupent au-dessus de figures allongées, parmi des plans bruns et mauves traversés de lignes sombres.
Famille, 1976. Peinture. CAA-W-0043. Collection privée de la famille.

Dans Famille (1976), un petit visage clair se situe entre deux têtes allongées, dans le haut d’une composition verticale. Au-dessous, les corps se distinguent difficilement dans un enchevêtrement de brun, de mauve, de noir et de crème. Des diagonales sombres traversent les formes verticales claires.

Dans une étude de 2016, Sapfo Mortaki voit dans la répétition des tons, l’entrecroisement des lignes et le rapprochement des têtes des expressions de l’unité familiale.

Deux compositions

Des visages clairs et sombres émergent de larges plans bruns, de bandes diagonales et de petites touches violettes.
Famille, 1978. Peinture. CAA-W-0042. Collection privée de la famille.

Dans Famille (1978), le groupe s’étend davantage en largeur. Une figure claire occupe la gauche ; un visage plus petit apparaît près du centre et une tête plus sombre se dresse en haut à droite. De grands plans bruns, traversés de bandes diagonales et de taches violettes, occupent une large part de la surface.

Deux grandes figures claires encadrent un visage plus petit, parmi des plans crème et bleu pâle divisés par des traits sombres.
Famille, 1980. Peinture. CAA-W-0099. Collection privée de la famille.

Les corps se distinguent plus facilement dans Famille (1980). Deux grandes figures claires encadrent un visage plus petit, et de grands yeux dominent la moitié supérieure du tableau. Le crème, le gris et un violet atténué éclaircissent la surface ; de fines bandes brunes et noires interrompent ces tons clairs.

Mortaki étudie ces deux tableaux ensemble et associe les corps nus à la fécondité, à la naissance et à la création.

Une famille en bleu

Des visages clairs et des fragments jaunes, roses et verts se regroupent parmi des lignes sombres et de larges bandes verticales bleues.
Famille, 1979. Peinture. CAA-W-0101. Collection privée de la famille.

Famille (1979) est encadré de larges bandes verticales bleues. Entre elles, des visages clairs surmontent un ensemble dense de fragments jaunes, roses et verts. Des contours courbes traversent des barres sombres et des formes anguleuses.

Le bleu se prolonge dans les figures comme dans l’espace qui les entoure. Cette continuité de la couleur rappelle le texte d’Andreou publié dans le volume de 1997, où il décrit sa recherche d’une harmonie entre le graphisme, le dessin, la couleur et la lumière.

Famille brésilienne

Des courbes concentriques et des yeux très marqués forment un groupe étiré en hauteur, en rouge sombre, bleu, violet et noir.
Famille brésilienne, 1994. Peinture. CAA-W-0144. Collection privée de la famille.

Famille brésilienne (1994) est beaucoup plus sombre. Des courbes rouges et bleues entourent les grands yeux dans la partie haute, tandis qu’une succession de formes arrondies plus petites descend au centre. Le noir occupe une grande partie de l’espace entre elles, interrompu par des traits violets et clairs.

Mortaki perçoit une musicalité dans l’œuvre et rapproche les lignes répétées et les variations de couleur du rythme et de la notation musicale. Des courbes rouges et des taches bleues reviennent sur toute la hauteur du tableau, entrecoupées de groupes de petits traits clairs.

Des œuvres proches sont présentées dans l’essai Le baiser et le couple, consacré à la manière dont Andreou représente deux figures, souvent réunies le long d’un contour commun.

Sources et bibliographie

1. Sophia Kazazi, « L’érotisme dans l’oeuvre peinte d’Andréou » et « Univers féminin – Famille », textes signés « Sophie Kazazi », dans Andreou. Femme · Femmes: Peintures (Édition G. Giannoussis, 1997), non paginé. L’introduction inscrit la famille parmi les préoccupations humaines récurrentes d’Andreou ; l’essai thématique traite des figures, du fond et du mouvement circulaire. La citation reprend le texte français original.

2. Sapfo Mortaki, « Family and Maternity Perceived and Pictured by a Migrant Artist: Paintings of Constantine Andreou », Journal of Research in Gender Studies 6(1) (2016), p. 121–144, notamment p. 129–136, fig. 4, 6–7, 9–10, qui reproduisent ces cinq tableaux. DOI : 10.22381/JRGS6120163. Ses interprétations lui sont explicitement attribuées dans le texte.

3. Constantin Andreou, texte signé de l’artiste commençant par « Depuis mon enfance… », dans Femme · Femmes: Peintures (1997). Le passage sur le graphisme, le dessin, la couleur et la lumière reprend la façon dont il décrit sa pratique picturale.

4. Les titres et les dates des œuvres suivent les notices du catalogue et les reproductions correspondantes dans Femme · Femmes: Peintures. L’Archive a rédigé les descriptions détaillées des tableaux en observant ces reproductions ; elles accompagnent les interprétations critiques attribuées ci-dessus à leurs auteurs.

Retour à Discover Andreou →
Parcourir le catalogue →

Dernière mise à jour :